L'ÉCHO DU SILENCE
09.04- 13.06.2026
Artiste Brésilienne
Née en 1999, vit et travaille à Paris
Miriam Angeli Padilha a été formée à la peinture à l’École des Arts visuels du Parque Lage, et diplômée en Histoire de l’art aux Beaux-Arts de Rio de Janeiro, elle a obtenu son DNSEP aux Beaux-Arts de Marseille.
L’oeuvre de Miriam Angeli Padilha creuse la part sacrée et magique d’impressions de la modernité. En documentant le présent, la peintre transforme le quotidien en mémoire et traduit ses mythologies. La couleur est le principal instrument de cette recherche plastique, en dialogue avec Pierre Bonnard, Paula Modernsohn-Becker et Lucian Freud. Bercée par la musique folk (Joni Mitchell, Léonard Cohen) et la bossa nova (Edu Lobo, Tom Jobim), portée par la prose intuitive de Clarice Lispector, la peintre impose un style et fait le pari d’une communion : « Un jour, ce sera le monde avec sa souveraine impersonnalité face à mon extrême individualité, mais nous ne ferons qu’un. » (Clarice Lispector - Un apprentissage ou Le Livre des plaisirs, 1969)
Si sa palette s’approfondit parfois dans la saturation, elle reste tendre ; captant ce qui couve dans l’attente, ce qui s’écrit dans le sommeil. La peinture de Miriam Angeli Padilha semble conjurer les drames et neutraliser le bruit ; elle taille un espace pour écouter le silence, à peine entrecoupé par le froissement des draps tièdes, le roulis des galets sur les plages du Midi. Ce qui est ainsi parlé, c’est la langue muette des
corps. La série Mergulho do Sol (« Plongeon du soleil »), commencée en 2024, décline cette transcription de l’incommunicable par le travail de la couleur. Dans Le Rayon vert (1986) d’Éric Rohmer, cette lueur fugitive, envoyée par le soleil couchant par-dessus l’horizon, est l’écho d’une vérité révélée. Celui qui aperçoit le rayon vert pourra enfin plonger en soi-même et parviendra à lire dans le désordre de ses
sentiments. La peintre nous rend complices de cette quête, qui n’aboutit que si elle est partagée, tel que le réalise l’héroïne solitaire du film de Rohmer. Chaque toile de Miriam Angeli Padilha participe à ritualiser l’attente, dans l’espoir qu’enfin, du fond du
grand silence, l’univers nous fasse un salut discret.
Mais pour quoi ?
Pourquoi tant de ciel ?
Pourquoi tant de mer, pourquoi ?
À quoi sert cette vague qui se brise
Dans le vent de l’après-midi,
À quoi sert l’après-midi ?
Paysage inutile
Il se peut
Que tu ne reviennes plus
Que tu ne reviennes plus jamais
À quoi servent les fleurs ?
Qui naissent le long du chemin
Si mon chemin tout seul
N’est rien.
Elis Regina, Tom Jobim, Inútil Paisagem (« Paysage inutile »)
Universal Music International - 1974
Texte : Adélie Huguenin, doctorante en littérature française contemporaine





